L'Edito du Directeur

EDVARD MUNCH ou l' "Anti-Cri"

 

L’homme que nous vous présentons aujourd’hui n’est pas celui que vous croyez.

Selon son principe habituel, la Pinacothèque de Paris propose une lecture nouvelle de l’œuvre d’Edvard Munch, un artiste des plus mythiques mais aussi des plus mystérieux de la fin du XIXème et du début du XXème siècle.

 

Edvard Munch est connu exclusivement pour une seule œuvre : le Cri. Travail certes emblématique, mais si peu représentatif de l’ensemble de  son œuvre. La notoriété exagérée de ce tableau a eu pour conséquence d’occulter la réelle dimension et le vrai message de l’artiste.

 

Si Munch est considéré en Norvège comme le peintre le plus important de tous les temps, il est aujourd’hui nécessaire de revenir à la signification profonde laissée par l’œuvre de l’artiste. Comment, plus qu’aucun autre à son époque, Munch a-t-il travaillé de manière radicale et avec une vision expérimentale dès ses débuts et durant une telle longévité ?

 

Artiste que nous pourrions presque voir comme le contraire de tout ce qui existe jusque là, Munch va délibérément se mettre en opposition avec ce qu’il voit et connaît. Dans une logique presque anarchiste, il se mettra en opposition avec l’Impressionnisme, le Symbolisme, le Naturalisme pour inventer une forme d’expression artistique en révolte contre tout ce que son enfance lui a montré comme modèle de société. Artiste en connexion étroite avec la littérature et la poésie beaucoup plus qu’avec les autres mouvements artistiques.

 

Il est étonnant de constater si tôt dans l’Histoire de l’art un artiste se détacher de toutes les conventions auxquelles nous avaient habitué les artistes et les mouvements précédents. Il est prodigieux de remarquer dès les années 1880 Munch s’attaquer aux couches de couleur, de le voir véritablement labourer la surface picturale ou encore laisser son œuvre sous la pluie et la neige, transférer des photographies et des films muets à l’intérieur de ses toiles et de ses œuvres graphiques. Surprenant encore la transgression avec laquelle il supprime les frontières entre les supports et les techniques, dans ses gravures, dessins, peintures, sculptures, collages, photographies et films.  Il s’inscrit dans la lignée de William Turner et de Gustave Courbet, Il est le chaînon manquant entre les artistes tels que Pablo Picasso, Georges Braque, Jean Dubuffet et Jackson Pollock dans l’histoire du Modernisme. Véritable innovateur dans l’apport de la cinétique dans l’art, cette exposition révèle un modèle en termes d’Avant Garde et de rupture avec les modèles antérieurs.

 

C’est par ces dépassements sans limite pour l’époque et surtout par son attachement aux qualités matérielles de la peinture et des supports que Munch propose une puissante exploration des sentiments humains les plus profonds et des expériences les plus fondamentales de la vie, alors même que le monde artistique de l’époque se préoccupe davantage du rapport à la nature et des représentations sociales du monde. Il laisse une œuvre bouleversante d’une force incomparable.

 

La Pinacothèque de Paris souhaite revenir sur des sujets peu abordés en France. Il n’y a jamais eu d’exposition importante de cet artiste en France ni à Paris. De plus, comme à l’accoutumée dans l’approche de la Pinacothèque de Paris, ce sera la première fois qu’une exposition se concentre principalement sur les œuvres de Munch provenant de collections privées. Cet ensemble unique réuni aujourd’hui est une performance originale puisque la Pinacothèque n’a pas voulu faire appel ni au musée Munch ni à la Galerie Nationale d’Oslo pour pouvoir laisser la part belle à ces œuvres qu’il n’est pas possible de voir du fait de leurs localisations privées. Ces trésors inestimables que seuls quelques privilégiés sont habitués à admirer sont aujourd’hui et pour la première fois mis à la portée du grand public.

 

Pour la réalisation de cette importante rétrospective j’ai invité Dieter Buchhart, autorité reconnue pour l’œuvre de Munch, à en assurer le commissariat. Grâce à son aide, ces oeuvres ont pu être rassemblées. Un comité scientifique de prestige l’a entouré et soutenu dans ce travail, notamment le célèbre historien d’art Richard Shiff mais aussi Øyvind Storm Bjerke, professeur à l’Université d’Oslo, Petra Pettersen du Munch Museet et Ina Johannesen.

 

 

Marc Restellini, Directeur de la Pinacothèque de Paris

 

Légende photo : Edvard Munch assis sur sa malle au 82 Lützowstrasse, Berlin (autoportrait), 1902

Crédits : © Munch Museum

 

 

 

 

 

 


 


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